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Article 75 quinquies - Garanties et autres précisions

Table des matières

Explication de l’article

L’article 75 quinquies de l’IA Act, officiellement numéroté article 75e, complète les pouvoirs de contrôle et de surveillance du Bureau de l’IA. Après les articles 75, 75 bis, 75 ter et 75 quater, qui organisent progressivement les compétences du Bureau de l’IA, les enquêtes, les engagements, les décisions de non-conformité et les sanctions, l’article 75 quinquies apporte des garanties destinées à protéger les opérateurs concernés.

Son objectif principal est donc de trouver un équilibre entre deux exigences :

  • permettre au Bureau de l’IA d’exercer efficacement ses missions de surveillance ;
  • protéger les droits fondamentaux et les garanties procédurales des entreprises et des personnes concernées.

L’article prévoit notamment que les pouvoirs du Bureau de l’IA ne peuvent pas être utilisés pour obliger un opérateur à divulguer certaines informations protégées, notamment :

  • les informations couvertes par le secret professionnel juridique ;
  • les documents protégés par le secret des sources journalistiques ;
  • les informations dont la divulgation porterait atteinte aux droits protégés par la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

Cette disposition est particulièrement importante car les enquêtes du Bureau de l’IA peuvent concerner des entreprises qui détiennent des informations très sensibles : contrats, stratégies commerciales, analyses juridiques, documents internes, informations techniques ou échanges avec leurs avocats. L’article 75 quinquies rappelle donc que les pouvoirs d’enquête ne sont pas illimités.

1. La protection de la Charte des droits fondamentaux

L’article 75 quinquies va encore plus loin en précisant que les pouvoirs du Bureau de l’IA ne doivent pas être utilisés lorsque la divulgation d’informations porterait autrement atteinte à la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Cela signifie que l’exercice des pouvoirs d’enquête doit rester compatible avec les droits fondamentaux qui protège notamment:

  • la dignité humaine ;
  • le respect de la vie privée ;
  • la protection des données personnelles ;
  • la liberté d’expression ;
  • le droit à un recours effectif ;
  • les droits de la défense.

L’article 75 quinquies crée donc un lien très important entre la régulation de l’IA et la protection des droits fondamentaux.

2. Le droit de la défense

L’article 75 quinquies prévoit également que les droits de la défense et le droit d’accès au dossier doivent être pleinement respectés pendant les procédures concernant les opérateurs relevant de la compétence du Bureau de l’IA. Cette garantie est essentielle car une entreprise qui fait l’objet d’une procédure doit pouvoir comprendre les éléments sur lesquels l’autorité fonde son analyse et pouvoir préparer sa défense. 

L’accès au dossier est toutefois organisé de manière à protéger également les secrets d’affaires de l’opérateur ou d’autres personnes concernées. Il faut donc trouver un équilibre entre transparence de la procédure et protection des informations confidentielles.

L’article 75 quinquies constitue ainsi une garantie essentielle de l’équilibre entre l’efficacité de la surveillance de l’IA et la protection des droits des opérateurs.

Notions clés à comprendre

Secret professionnel juridique : protection des échanges et documents relevant de la relation professionnelle protégée.

Droits de la défense : garanties permettant à une personne ou une entreprise de connaître les reproches formulés contre elle et de présenter ses arguments.

Droit d’accès au dossier : possibilité pour l’opérateur concerné d’accéder aux éléments du dossier dans les conditions prévues par la réglementation.

Secret d’affaires : informations confidentielles ayant une valeur économique et dont la divulgation pourrait porter préjudice à l’entreprise.

Droits fondamentaux : droits essentiels protégés notamment par la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.

Bureau de l’IA : organisme de l’Union européenne chargé notamment de certaines missions de surveillance et de contrôle des modèles d’IA à usage général et des systèmes relevant de sa compétence.

Exemple pratique

Imaginons une grande entreprise européenne qui développe un modèle d’IA à usage général. Le modèle est intégré à plusieurs systèmes d’IA utilisés dans l’Union européenne. Le Bureau de l’IA estime que certaines obligations de l’IA Act pourraient ne pas être respectées et ouvre une enquête.

Étape 1 : demande d’informations

Le Bureau demande à l’entreprise la documentation technique du modèle, les résultats des tests, les mesures de cybersécurité, les informations relatives aux risques et certains documents internes. L’entreprise doit coopérer avec le Bureau de l’IA dans le cadre de ses pouvoirs légaux.

Étape 2 : un problème apparaît

Parmi les documents demandés se trouve une analyse préparée par l’avocat de l’entreprise. Cette analyse contient une évaluation juridique confidentielle de la conformité du modèle à l’IA Act. L’entreprise considère que ce document est protégé par le secret professionnel juridique.

Étape 3 : application de l’article 75 quinquies

L’article 75 quinquies empêche le Bureau d’utiliser ses pouvoirs pour exiger la divulgation d’informations ou de documents couverts par le secret professionnel juridique. L’entreprise peut donc bénéficier de cette protection.

Étape 4 : accès au dossier

Supposons ensuite que le Bureau envisage d’adopter une décision de non-conformité. L’entreprise doit pouvoir exercer ses droits de la défense et accéder au dossier dans les conditions prévues par l’article 75 quinquies. Cependant, certains éléments peuvent rester protégés lorsqu’ils contiennent notamment des secrets d’affaires.

Étape 5 : équilibre

Le Bureau doit donc trouver un équilibre entre son besoin d’informations pour contrôler le système, le droit de l’entreprise à se défendre, la protection du secret professionnel et des secrets d’affaires, ainsi que la protection des droits fondamentaux.

Cet exemple montre que l’article 75 quinquies ne cherche pas à empêcher les enquêtes du Bureau de l’IA. Il cherche plutôt à garantir que ces enquêtes soient conduites dans un cadre juridique équilibré.

Votre entreprise protège-t-elle ses informations confidentielles devant le Bureau de l’IA ?
L’article 75 quinquies prévoit des garanties procédurales, notamment l’accès au dossier et la protection des informations confidentielles lors de la publication des décisions du Bureau de l’IA.

Texte original de l’IA Act

Article 75 quinquies – Garanties et autres précisions

1. L’article 18 du règlement (UE) 2019/1020 s’applique mutatis mutandis aux opérateurs relevant de la compétence du Bureau de l’IA en vertu de l’article 75, paragraphe 1, du présent règlement, sans préjudice des droits procéduraux plus spécifiques prévus par le présent règlement.
2. Le droit de la défense et le droit d’accès au dossier des opérateurs relevant du champ d’application de l’article 75, paragraphe 1, sont pleinement respectés au cours des procédures. Compte tenu de l’adoption possible de décisions sur le fondement de l’article 75 quater, paragraphe 1, ces opérateurs ont le droit d’avoir accès au dossier du Bureau de l’IA dans le cadre des modalités de divulgation négociée, sous réserve de l’intérêt légitime de l’opérateur ou de l’autre personne concernée à ce que ses secrets d’affaires soient protégés. Le Bureau de l’IA est habilité à adopter des décisions fixant ces modalités de divulgation en cas de désaccord entre les parties. Le droit d’accès au dossier ne s’étend pas aux informations confidentielles et aux documents internes du Bureau de l’IA, du Comité IA, des autorités de surveillance du marché compétentes ou d’autres autorités publiques des États membres. En particulier, le droit d’accès ne s’étend pas à la correspondance entre le Bureau de l’IA et ces autorités. Aucune disposition du présent paragraphe n’empêche le Bureau de l’IA de divulguer et d’utiliser des informations nécessaires pour apporter la preuve d’une infraction.
3. La Commission peut adopter des actes d’exécution concernant les modalités pratiques d’accès au dossier et la divulgation négociée d’informations prévue au paragraphe 2.
4. Le Bureau de l’IA publie les décisions qu’il adopte en application des articles 75 ter et 75 quater. Cette publication mentionne le nom des parties intéressées et l’essentiel de la décision, y compris les sanctions imposées. La publication tient compte des droits et des intérêts légitimes de toutes les personnes concernées à ce que leurs informations confidentielles ne soient pas divulguées.
 
Vous pouvez consulter le texte officiel consolidé sur EUR-Lex – Règlement (UE) 2024/1689, version consolidée du 27 juillet 2026.
Vous pouvez consulter directement le règlement qui a introduit l’article 75 quinquies: Règlement (UE) 2026/1744 – Digital Omnibus on AI

Perspectives avec d’autres textes

La Charte des droits fondamentaux

Le Bureau de l’IA peut exercer des pouvoirs importants, mais ceux-ci doivent être utilisés dans le respect des droits fondamentaux. L’article 75 quinquies rappelle ainsi que l’efficacité de la surveillance ne doit pas conduire à supprimer les garanties fondamentales.

Le règlement 2019/1020

L’IA Act s’appuie sur l’architecture européenne existante de surveillance du marché, tout en prévoyant des garanties spécifiques pour les opérateurs relevant de la compétence du Bureau de l’IA. Cela permet d’intégrer la régulation de l’IA dans un système européen plus large de contrôle de la conformité des produits et technologies.

Menu IA Act

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