Article 91 - Pouvoir de demander de la documentation et des informations
Table des matières
Explication de l’article
L’article 91 de l’IA Act donne à la Commission européenne le pouvoir de demander des documents et des informations aux fournisseurs de modèles d’IA à usage général lorsqu’elle doit vérifier leur conformité avec le règlement. Cet article s’inscrit dans le mécanisme de surveillance et de contrôle des modèles d’IA à usage général, notamment lorsque ces modèles peuvent présenter des risques importants ou systémiques.
L’idée principale est simple : pour pouvoir contrôler efficacement le respect de l’IA Act, les autorités européennes doivent pouvoir accéder aux informations nécessaires concernant le fonctionnement, la documentation et les obligations du fournisseur.
L’article 91 prévoit plusieurs mécanismes:
1. La Commission peut demander la documentation et des informations
La Commission européenne peut demander au fournisseur d’un modèle d’IA à usage général de transmettre :
- la documentation qu’il est déjà tenu d’établir conformément aux articles 53 et 55 de l’IA Act ;
- toute information supplémentaire nécessaire pour vérifier si le fournisseur respecte ses obligations.
Cette possibilité est importante car la conformité d’un modèle d’IA ne peut pas être évaluée uniquement à partir d’informations publiques. Les autorités peuvent avoir besoin d’informations plus précises sur le modèle, son développement, ses caractéristiques, ses risques ou les mesures mises en place par son fournisseur.
L’objectif n’est donc pas de demander n’importe quelle information, mais uniquement les informations nécessaires à l’évaluation de la conformité du fournisseur avec l’IA Act.
2. Un dialogue avec le fournisseur peut avoir lieu avant une demande formelle
Avant d’envoyer une demande officielle d’informations, le Bureau de l’IA (AI Office) peut engager un dialogue structuré avec le fournisseur du modèle.
Cette étape permet d’échanger avec le fournisseur et de mieux comprendre la situation avant d’utiliser une procédure formelle.
Le dialogue peut notamment permettre :
- de clarifier certaines informations ;
- de comprendre le fonctionnement ou les caractéristiques du modèle ;
- d’identifier les documents pertinents ;
- de permettre au fournisseur d’expliquer les mesures qu’il a déjà mises en place.
Cette approche montre que le contrôle prévu par l’IA Act ne repose pas uniquement sur des mesures coercitives. Le règlement prévoit également une logique de coopération et de dialogue entre les autorités et les fournisseurs.
3. Le groupe scientifique peut également demander certaines informations
L’article 91 prévoit également un rôle pour le groupe scientifique prévu par l’IA Act.
Lorsque le groupe scientifique présente une demande dûment motivée, la Commission peut demander des informations au fournisseur d’un modèle d’IA à usage général.
Cependant, cette demande doit respecter deux conditions importantes :
- l’accès aux informations doit être nécessaire pour permettre au groupe scientifique d’accomplir ses missions ;
- la demande doit être proportionnée.
Le principe de proportionnalité est particulièrement important. Les autorités ne peuvent pas demander une quantité illimitée d’informations ou accéder à des documents sans justification. La demande doit être adaptée à l’objectif poursuivi.
4. La demande doit être précise et motivée
Lorsqu’une demande d’informations est adressée au fournisseur, elle doit préciser plusieurs éléments. Elle doit notamment indiquer :
- la base juridique de la demande ;
- l’objectif de la demande ;
- les informations exactes qui sont demandées ;
- le délai dans lequel ces informations doivent être fournies ;
- les sanctions prévues en cas de transmission d’informations incorrectes, incomplètes ou trompeuses.
Cette obligation permet de garantir une certaine sécurité juridique pour le fournisseur. Celui-ci doit savoir clairement pourquoi les informations sont demandées et quelles sont les obligations auxquelles il doit répondre.
5. Le fournisseur reste responsable des informations transmises
Le fournisseur concerné, ou son représentant, doit fournir les informations demandées. Dans certaines situations, les informations peuvent être transmises par:
- les personnes légalement autorisées à représenter l’entreprise ;
- les dirigeants ou représentants habilités ;
- un avocat agissant pour le compte du fournisseur.
Cependant, même lorsqu’un avocat ou un représentant transmet les informations, le fournisseur reste responsable si les informations fournies sont incomplètes, incorrectes ou trompeuses.
L’article 91 instaure donc un véritable mécanisme de responsabilité et de coopération avec les autorités européennes. Cet article est donc un élément essentiel du système de contrôle de l’IA Act : sans accès à l’information, les autorités ne peuvent pas vérifier efficacement la conformité des modèles d’IA.
Notions clés à comprendre
Bureau de l’IA (AI Office) : Structure européenne chargée de contribuer à la mise en œuvre, à la surveillance et à l’application de certaines dispositions de l’IA Act, notamment concernant les modèles d’IA à usage général.
Groupe scientifique : Groupe d’experts prévu par l’IA Act qui apporte une expertise scientifique et technique, notamment concernant les risques liés aux modèles d’IA à usage général.
Exemple pratique
Une entreprise développe un modèle d’IA à usage général capable de générer du texte, de résumer des documents, d’analyser des informations et d’être intégré dans de nombreuses applications utilisées par des entreprises européennes. Ce modèle est ensuite mis à disposition d’autres entreprises qui l’intègrent dans leurs propres systèmes d’IA. Au cours de la surveillance du marché, certaines questions apparaissent concernant le respect par le fournisseur de ses obligations prévues par l’IA Act.
Problème potentiel: Les autorités européennes ne disposent pas de suffisamment d’informations pour déterminer si le fournisseur a correctement établi la documentation requise, respecte ou non les obligations applicables aux modèles d’IA à usage général, s’il a mis en place les mesures nécessaires concernant les risques liés à son modèle ou s’il fournit suffisamment d’informations aux acteurs qui utilisent son modèle dans la chaîne de valeur de l’IA.
Sans accès à certaines informations internes, il serait difficile pour les autorités d’évaluer correctement la conformité du fournisseur.
Application de l’IA Act (article 91)
La Commission européenne peut demander au fournisseur la documentation qu’il est tenu d’établir en application de l’IA Act et aussi des informations complémentaires nécessaires pour vérifier sa conformité.
Avant d’adresser une demande officielle, le Bureau de l’IA peut engager un dialogue structuré avec l’entreprise afin de mieux comprendre son modèle et de clarifier certaines informations. Si une demande officielle est adressée au fournisseur, celle-ci doit préciser :
- pourquoi les informations sont demandées ;
- quelles informations doivent être fournies ;
- le délai pour répondre ;
- les conséquences éventuelles de la transmission d’informations incorrectes, incomplètes ou trompeuses.
L’entreprise doit alors transmettre des informations complètes et exactes.
Résultat: Grâce à l’article 91 les autorités européennes disposent des informations nécessaires pour contrôler le respect de l’IA Act, le fournisseur bénéficie d’une demande encadrée et justifiée, les demandes d’informations doivent respecter les principes de nécessité et de proportionnalité et la responsabilité du fournisseur est engagée en cas de transmission d’informations incomplètes ou trompeuses.
L’article 91 contribue ainsi à garantir une surveillance effective des modèles d’IA à usage général, tout en encadrant les pouvoirs d’enquête de la Commission européenne.
Texte original de l’IA Act
Article 91 – Pouvoir de demander de la documentation et des informations
Vous pouvez consulter le texte officiel consolidé sur EUR-Lex – Règlement (UE) 2024/1689, version consolidée du 27 juillet 2026.
Perspectives avec d’autres textes
RGPD et pouvoirs d’enquête des autorités
L’article 91 peut également être rapproché du système prévu par le RGPD, qui donne aux autorités de contrôle des pouvoirs d’enquête leur permettant notamment d’obtenir des informations nécessaires à l’exercice de leurs missions.
Cependant, les objectifs sont différents :
- le RGPD concerne principalement la protection des données personnelles ;
- l’IA Act couvre plus largement les risques liés aux systèmes et modèles d’IA, notamment la sécurité, les droits fondamentaux et certains risques systémiques.
Dans les deux cas, l’accès aux informations est indispensable pour permettre aux autorités de vérifier si les organisations respectent leurs obligations.
Le rôle de la CNIL
En France, la CNIL dispose déjà de pouvoirs de contrôle et d’enquête dans le domaine de la protection des données personnelles. Lorsqu’un système ou un modèle d’IA traite des données personnelles, plusieurs réglementations peuvent donc s’appliquer simultanément :
- le RGPD ;
- la loi Informatique et Libertés ;
- l’IA Act, selon le type et l’usage du système ou du modèle d’IA.
Une organisation développant ou utilisant une IA peut ainsi être amenée à répondre à différentes autorités compétentes selon la nature du risque ou du manquement concerné.
Enjeu pratique pour les entreprises
L’article 91 souligne l’importance, pour les fournisseurs de modèles d’IA à usage général, de mettre en place une véritable gouvernance documentaire. En pratique, les entreprises doivent pouvoir :
- identifier les documents relatifs à leur modèle ;
- conserver une documentation claire et à jour ;
- organiser les responsabilités internes ;
- identifier les personnes chargées de répondre aux demandes des autorités ;
- vérifier l’exactitude des informations transmises ;
- mettre en place une procédure interne permettant de répondre rapidement à une demande du Bureau de l’IA ou de la Commission européenne.
La conformité à l’IA Act ne consiste donc pas uniquement à respecter des exigences techniques. Elle suppose également une bonne organisation juridique, documentaire et organisationnelle.
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