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Article 94 - Droits procéduraux des opérateurs économiques du modèle d’IA à usage général

Table des matières

Explication de l’article

L’article 94 de l’IA Act protège les droits procéduraux des fournisseurs de modèles d’IA à usage général lorsqu’ils font l’objet d’une mesure, d’une enquête ou d’une intervention des autorités européennes. Cet article est particulièrement important, car les articles précédents donnent à la Commission européenne et au Bureau de l’IA des pouvoirs importants. Ils peuvent notamment :

  • demander des documents et des informations (article 91) ;
  • procéder à une évaluation d’un modèle (article 92) ;
  • demander au fournisseur de prendre des mesures correctives ou de réduire certains risques (article 93).

Dans certaines situations, ces pouvoirs peuvent avoir des conséquences importantes pour une entreprise. Par exemple, la Commission peut demander au fournisseur de restreindre la mise à disposition de son modèle, de le retirer du marché ou de le rappeler. L’article 94 vient donc établir une garantie essentielle : même lorsqu’une autorité exerce ses pouvoirs de contrôle, le fournisseur doit bénéficier de certains droits et garanties procédurales.

1. L’article 94 renvoie à un autre règlement européen

L’article 94 est très court, mais son importance est considérable. Il prévoit que l’article 18 du règlement (UE) 2019/1020, relatif aux droits procéduraux des opérateurs économiques, s’applique également aux fournisseurs de modèles d’IA à usage général, avec les adaptations nécessaires.

Autrement dit, l’IA Act ne détaille pas lui-même toutes les garanties procédurales applicables aux fournisseurs. Il renvoie à des garanties déjà prévues dans le cadre de la réglementation européenne relative à la surveillance du marché. Cette technique permet d’assurer une certaine cohérence entre les différents mécanismes européens de contrôle et de surveillance.

2. Le fournisseur doit connaître les raisons d’une décision

L’article 18 du règlement (UE) 2019/1020 prévoit que toute mesure, décision ou injonction prise par une autorité doit indiquer les raisons précises sur lesquelles elle repose. 

Par exemple, si une autorité demande à un fournisseur de modifier certaines mesures de sécurité ou limiter la disponibilité de son modèle ou retirer son modèle du marché, le fournisseur doit pouvoir comprendre pourquoi cette décision a été prise.

L’autorité ne peut donc pas simplement imposer une mesure sans explication. Elle doit présenter les raisons qui justifient son intervention. Cette obligation permet au fournisseur de comprendre le problème identifié, d’évaluer la décision, de préparer une réponse et, si nécessaire, de contester la mesure.

3. Le fournisseur doit être informé de la décision et des voies de recours

Lorsqu’une mesure, une décision ou une injonction est prise, l’opérateur économique concerné doit être informé rapidement. Il doit également être informé des voies de recours disponibles et des délais applicables. Cela signifie que le fournisseur doit savoir quelle décision a été prise, quelles sont les raisons de cette décision, quels recours sont disponibles et dans quel délai il peut exercer ces recours.

Cette information est essentielle pour garantir le droit à une protection juridique effective. En pratique, une entreprise ne peut pas défendre efficacement ses intérêts si elle ne sait pas qu’une décision a été prise contre elle ou si elle ne connaît pas les moyens permettant de la contester.

4. Le fournisseur doit avoir la possibilité d’être entendu

L’une des garanties les plus importantes est le droit d’être entendu. Avant qu’une mesure, une décision ou une injonction ne soit prise, l’opérateur économique concerné doit normalement avoir la possibilité d’expliquer sa position.

Le délai prévu par le règlement (UE) 2019/1020 ne peut normalement pas être inférieur à dix jours ouvrables. Le fournisseur peut donc notamment :

  • présenter ses observations ;
  • expliquer les mesures déjà mises en place ;
  • fournir des informations complémentaires ;
  • contester certains éléments retenus par l’autorité ;
  • proposer des mesures alternatives.

Cette garantie est importante, car elle permet d’éviter qu’une décision soit prise uniquement sur la base des informations dont dispose l’autorité. Le fournisseur peut également présenter sa propre analyse de la situation.

5. Une exception existe en cas d’urgence

Dans certaines situations urgentes, il peut ne pas être possible d’attendre avant de prendre une mesure. Par exemple, lorsqu’une mesure immédiate est nécessaire pour des raisons liées à la santé, à la sécurité ou à un autre intérêt public important.

Dans ce cas, la décision peut être prise sans que le fournisseur ait été entendu au préalable. Cependant, cette exception ne signifie pas que le fournisseur perd définitivement son droit d’être entendu. Il doit avoir la possibilité de présenter ses observations dès que possible après la décision. La mesure doit ensuite être réexaminée rapidement par l’autorité compétente.

L’article 94 permet donc de trouver un équilibre entre deux objectifs protéger les droits du fournisseur et permettre aux autorités d’agir rapidement lorsqu’une intervention urgente est nécessaire.

6. Les garanties spécifiques de l’IA Act restent applicables

L’article 94 précise que l’application de l’article 18 du règlement (UE) 2019/1020 ne doit pas porter atteinte aux droits procéduraux plus spécifiques prévus par l’IA Act. Cela signifie que les garanties générales prévues par le règlement (UE) 2019/1020 viennent compléter les garanties particulières prévues dans l’IA Act.

Autrement dit :

  • l’article 18 du règlement (UE) 2019/1020 apporte un cadre général de protection;
  • l’IA Act peut prévoir des garanties plus spécifiques pour certaines procédures;
  • lorsque l’IA Act prévoit une règle particulière, celle-ci continue de s’appliquer.

L’objectif est donc d’assurer que les fournisseurs bénéficient d’un niveau suffisant de protection procédurale dans le cadre des contrôles et des décisions prises par les autorités européennes.

Notions clés à comprendre

Droits procéduraux : Ensemble des garanties permettant à une personne ou à une entreprise de participer à une procédure et de défendre ses intérêts lorsqu’une autorité envisage ou prend une décision qui la concerne.

Opérateur économique : Personne ou organisation exerçant une activité économique et susceptible d’être concernée par les règles européennes relatives à la mise à disposition de produits ou de technologies sur le marché.

Droit d’être entendu : Droit de présenter ses observations et d’expliquer sa position avant qu’une décision défavorable ne soit normalement prise.

Voie de recours : Procédure permettant de contester une décision devant l’autorité ou la juridiction compétente.

Garanties procédurales : Règles destinées à garantir que les décisions des autorités soient prises selon une procédure équitable et transparente.

Exemple pratique

Une entreprise développe un modèle d’IA à usage général utilisé par plusieurs organisations européennes. À la suite d’une évaluation réalisée conformément à l’article 92 de l’IA Act, la Commission européenne identifie des préoccupations concernant certains risques liés au modèle. La Commission envisage alors de demander à l’entreprise de restreindre la mise à disposition de son modèle sur le marché, conformément à l’article 93.

Problème potentiel

Une telle décision peut avoir des conséquences importantes pour l’entreprise. La restriction du modèle pourrait limiter le nombre d’utilisateurs, empêcher certains clients d’accéder au modèle, avoir des conséquences économiques importantes, affecter la réputation de l’entreprise. Il est donc essentiel que l’entreprise puisse comprendre la décision et défendre sa position.

Application de l’IA Act (article 94)

Grâce à l’article 94, les garanties prévues par l’article 18 du règlement (UE) 2019/1020 s’appliquent également, avec les adaptations nécessaires. Avant que la mesure soit normalement prise, l’entreprise doit avoir la possibilité d’être entendue. Elle peut alors :

  • expliquer les mesures de sécurité qu’elle a déjà mises en place ;
  • présenter les résultats de nouveaux tests ;
  • contester certains éléments de l’évaluation ;
  • proposer des mesures alternatives permettant de réduire le risque.

Si la Commission décide finalement de demander une restriction, l’entreprise doit pouvoir connaître les raisons précises de cette décision. Elle doit également être informée des voies de recours disponibles et des délais applicables.

Situation d’urgence

Imaginons maintenant qu’un risque particulièrement urgent soit identifié. Dans cette situation, une mesure peut être prise immédiatement, sans attendre que l’entreprise soit entendue. Cependant, l’entreprise doit ensuite pouvoir présenter ses observations dans les meilleurs délais. La décision doit alors être réexaminée rapidement.

Résultat: 

Grâce à l’article 94 :

  • les autorités peuvent continuer à intervenir lorsqu’un risque doit être traité ;
  • les fournisseurs bénéficient de garanties importantes ;
  • les décisions doivent être expliquées ;
  • les fournisseurs peuvent défendre leur position ;
  • les mesures urgentes peuvent être prises lorsque cela est nécessaire, tout en préservant ensuite le droit d’être entendu.

L’article 94 garantit donc que l’application de l’IA Act reste à la fois efficace et équitable.

Votre GPAI présente-t-il une non-conformité à corriger ?
L’article 94 encadre les mesures que la Commission peut prendre lorsqu’un fournisseur ne respecte pas ses obligations au titre de l’IA Act.

Texte original de l’IA Act

Article 94 – Droits procéduraux des opérateurs économiques du modèle d’IA à usage général

L’article 18 du règlement (UE) 2019/1020 s’applique mutatis mutandis aux fournisseurs du modèle d’IA à usage général, sans préjudice des droits procéduraux plus spécifiques prévus par le présent règlement.

Vous pouvez consulter le texte officiel consolidé sur EUR-Lex – Règlement (UE) 2024/1689, version consolidée du 27 juillet 2026.

Perspectives avec d’autres textes

Perspectives européennes
Règlement (UE) 2019/1020 — Surveillance du marché et conformité des produits

L’article 94 de l’IA Act renvoie directement à l’article 18 du règlement (UE) 2019/1020, qui garantit aux fournisseurs de modèles d’IA à usage général des droits procéduraux : motivation des mesures prises, information sur les voies de recours et possibilité d’être entendu avant une décision, sauf situation d’urgence. Ce renvoi permet ainsi d’appliquer au contrôle des modèles GPAI des garanties déjà prévues dans le cadre européen de la surveillance du marché.

Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne

L’article 94 peut également être rapproché de l’article 41, paragraphe 2, de la Charte, qui consacre le droit d’être entendu, l’accès au dossier et l’obligation de motivation des décisions des institutions, organes et organismes de l’Union. Ces garanties renforcent la protection procédurale des fournisseurs lorsqu’ils font l’objet de mesures de contrôle.

L’article 47 de la Charte garantit en outre le droit à un recours effectif et à un procès équitable devant un tribunal indépendant et impartial. Il complète ainsi les garanties prévues par l’article 94 et l’article 18 du règlement (UE) 2019/1020 en matière de contestation des mesures prises par les autorités.

Perspectives françaises
Code des relations entre le public et l’administration

En droit français, le principe du contradictoire est notamment consacré par les articles L.121-1 et L.122-1 du Code des relations entre le public et l’administration : lorsque la procédure contradictoire préalable est applicable, la personne concernée doit pouvoir présenter des observations écrites et, le cas échéant, orales avant l’adoption de certaines décisions. L’article L.122-2 prévoit en outre des garanties spécifiques lorsque la décision présente un caractère de sanction.

Enjeu pratique pour les entreprises

Pour les entreprises qui développent des modèles d’IA à usage général, l’article 94 souligne l’importance de préparer une organisation interne capable de répondre aux procédures de contrôle. En pratique, une entreprise devrait pouvoir :

  • identifier les personnes chargées de communiquer avec les autorités ;
  • conserver les documents et informations nécessaires ;
  • mettre en place une procédure interne de réponse aux demandes des autorités ;
  • permettre une analyse rapide d’une décision ou d’une mesure ;
  • organiser, si nécessaire, l’exercice d’un recours.

Menu IA Act

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