📍82 Boulevard Haussmann, 75008 Paris

Article 66 du RGPD : Procédure d'urgence

Sommaire

Introduction 

L’article 66 du RGPD s’inscrit dans le mécanisme de coopération et de cohérence entre autorités de contrôle européennes, en introduisant une procédure d’urgence. Cette procédure vise à permettre une réaction rapide lorsque des droits ou libertés des personnes concernées sont menacés, sans attendre l’ensemble des consultations habituelles prévues au règlement.

Explication de l’article

Cet article 66 du RGPD désigne la procédure d’urgence d’adoption de mesures provisoires contraignantes.

En effet, lors de circonstances exceptionnelles, lorsqu’une autorité concernée considère qu’il est urgent d’intervenir pour la protection des droits et libertés des personnes, elle peut se passer du mécanisme de contrôle de la cohérence et adopter des mesures provisoires ayant une durée de validité déterminée qui n’excède pas 3 mois.

Les mesures adoptées doivent être communiquées au comité, à la Commission et aux autorités de contrôle concernées.

Si l’autorité de contrôle estime que des mesures définitives doivent être adoptées, elle peut saisir le comité afin d’obtenir un avis urgent ou une décision contraignante urgente, en motivant sa demande.

Le Comité dispose de 2 semaines pour rendre sa décision, prise à majorité simple.

Cette procédure d’urgence est applicable lorsqu’une autorité de contrôle compétente n’a pas pris de mesures appropriées malgré l’urgence.

Libérez-vous du RGPD
Un DPO externe certifié prend en charge votre conformité et sécurise vos données,
sans contrainte pour vous.

Texte original du RGPD

1. Dans des circonstances exceptionnelles, lorsqu’une autorité de contrôle concernée considère qu’il est urgent d’intervenir pour protéger les droits et libertés des personnes concernées, elle peut, par dérogation au mécanisme de contrôle de la cohérence visé aux articles 63, 64 et 65 ou à la procédure visée à l’article 60, adopter immédiatement des mesures provisoires visant à produire des effets juridiques sur son propre territoire et ayant une durée de validité déterminée qui n’excède pas trois mois. L’autorité de contrôle communique sans tarder ces mesures et les raisons de leur adoption aux autres autorités de contrôle concernées, au comité et à la Commission.

2. Lorsqu’une autorité de contrôle a pris une mesure en vertu du paragraphe 1 et estime que des mesures définitives doivent être adoptées d’urgence, elle peut demander un avis d’urgence ou une décision contraignante d’urgence au comité, en motivant sa demande d’avis ou de décision.

3. Toute autorité de contrôle peut, en motivant sa demande d’avis ou de décision et notamment l’urgence d’intervenir, demander au comité un avis d’urgence ou une décision contraignante d’urgence, selon le cas, lorsqu’une autorité de contrôle compétente n’a pas pris de mesure appropriée dans une situation où il est urgent d’intervenir afin de protéger les droits et libertés des personnes concernées.

4. Par dérogation à l’article 64, paragraphe 3, et à l’article 65, paragraphe 2, l’avis d’urgence ou la décision contraignante d’urgence visés aux paragraphes 2 et 3 du présent article est adopté dans un délai de deux semaines à la majorité simple des membres du comité.

Équivalent directive 95/46 CE du Parlement européen et du Conseil, du 24 octobre 1995, relative à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données. 

Pas de disposition correspondante

Équivalent de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés (loi Informatique et Liberté) 

Article 21

I- Lorsque le non-respect des dispositions du règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 ou de la présente loi entraîne une violation des droits et libertés mentionnés à l’article 1er de la présente loi et que le président de la commission considère qu’il est urgent d’intervenir, il saisit la formation restreinte, qui peut, dans le cadre d’une procédure d’urgence contradictoire définie par décret en Conseil d’Etat, adopter l’une des mesures suivantes :

1° L’interruption provisoire de la mise en œuvre du traitement, y compris d’un transfert de données hors de l’Union européenne, pour une durée maximale de trois mois, si le traitement n’est pas au nombre de ceux qui intéressent la sûreté de l’Etat ou la défense ou de ceux relevant du titre III lorsqu’ils sont mis en œuvre pour le compte de l’Etat ;

2° La limitation du traitement de certaines des données à caractère personnel traitées, pour une durée maximale de trois mois, si le traitement n’est pas au nombre de ceux qui intéressent la sûreté de l’Etat ou la défense ou de ceux relevant du titre III lorsqu’ils sont mis en œuvre pour le compte de l’Etat ;

3° La suspension provisoire de la certification délivrée au responsable de traitement ou à son sous-traitant ;

4° La suspension provisoire de l’agrément délivré à un organisme de certification ou un organisme chargé du respect d’un code de conduite ;

5° La suspension provisoire de l’autorisation délivrée sur le fondement du III de l’article 66 de la présente loi ;

6° L’injonction de mettre en conformité le traitement avec les obligations résultant du règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 ou de la présente loi ou de satisfaire aux demandes présentées par la personne concernée en vue d’exercer ses droits, qui peut être assortie, sauf dans le cas où le traitement est mis en œuvre par l’Etat, d’une astreinte dont le montant ne peut excéder 100 000 € par jour de retard à compter de la date fixée par la formation restreinte ;

7° Un rappel à l’ordre ;

8° L’information du Premier ministre pour qu’il prenne, le cas échéant, les mesures permettant de faire cesser la violation constatée, si le traitement en cause est au nombre de ceux qui intéressent la sûreté de l’Etat ou la défense ou de ceux relevant du titre III de la présente loi lorsqu’ils sont mis en œuvre pour le compte de l’Etat. Le Premier ministre fait alors connaître à la formation restreinte les suites qu’il a données à cette information au plus tard quinze jours après l’avoir reçue.

II- En cas de circonstances exceptionnelles prévues au 1 de l’article 66 du règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016, lorsque la formation restreinte adopte les mesures provisoires prévues aux 1° à 4° du I du présent article, elle informe sans délai de la teneur des mesures prises et de leurs motifs les autres autorités de contrôle concernées, le comité européen de la protection des données mentionné à l’article 68 du même règlement et la Commission européenne.

Lorsque la formation restreinte a pris de telles mesures et qu’elle estime que des mesures définitives doivent être prises, elle met en œuvre les dispositions du 2 de l’article 66 du règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016.

III– Pour les traitements relevant du règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016, lorsqu’une autorité de contrôle compétente en application du même règlement n’a pas pris de mesure appropriée dans une situation où il est urgent d’intervenir afin de protéger les droits et libertés des personnes concernées, la formation restreinte, saisie par le président de la commission, peut demander au comité européen de la protection des données un avis d’urgence ou une décision contraignante d’urgence dans les conditions et selon les modalités prévues aux 3 et 4 de l’article 66 dudit règlement.

IV- En cas d’atteinte grave et immédiate aux droits et libertés mentionnés à l’article 1er de la présente loi, le président de la commission peut en outre demander, par la voie du référé, à la juridiction compétente d’ordonner, le cas échéant sous astreinte, toute mesure nécessaire à la sauvegarde de ces droits et libertés.

Article  24

Modifié par l’ordonnance n° 2018-1125 du 12 décembre 2018

Dans les conditions prévues aux articles 60 à 67 du règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016, la Commission nationale de l’informatique et des libertés met en œuvre des procédures de coopération et d’assistance mutuelle avec les autorités de contrôle des autres Etats membres de l’Union européenne et réalise avec ces autorités des opérations conjointes.

La commission, le président, le bureau, la formation restreinte et les agents de la commission mettent en œuvre, chacun pour ce qui le concerne, les procédures mentionnées au premier alinéa du présent article.

La commission peut charger le bureau :

1° D’exercer ses prérogatives en tant qu’autorité concernée, au sens de l’article 4 du règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016, et en particulier d’émettre une objection pertinente et motivée au projet de décision d’une autre autorité de contrôle ;

2° Lorsque la commission adopte un projet de décision en tant qu’autorité chef de file ou autorité concernée, de mettre en œuvre les procédures de coopération, de contrôle de la cohérence et de règlement des litiges prévues par le règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 et d’arrêter la décision au nom de la commission.

Analyse des 3 textes qui précèdent  

La directive 95/46/CE ne prévoyait aucun dispositif similaire à la procédure d’urgence de l’article 66 RGPD. Les autorités nationales pouvaient certes exercer des pouvoirs d’enquête et de sanction, mais il n’existait pas de mécanisme organisé de dérogation urgente ou de coordination accélérée au niveau européen en cas de menace grave pour les droits des personnes. Ainsi, la possibilité pour une autorité de contrôle de suspendre en urgence un traitement ou de demander une intervention immédiate au niveau européen est une innovation propre au RGPD.​

La création de la procédure d’urgence par le RGPD répond à un double besoin :

  • Permettre une réaction rapide et ciblée d’une autorité nationale en cas de risque urgent pour les droits et libertés fondamentaux, sans attendre la fin d’une procédure de coopération/collégialité plus longue (guichet unique).​
  • Prévoir que cette mesure ne peut excéder trois mois et qu’elle doit être immédiatement notifiée aux autres autorités, au Comité européen de la protection des données (CEPD) et à la Commission européenne, assurant ainsi la transparence et la coordination européenne malgré l’urgence.​

Par ailleurs, si l’urgence justifie des mesures définitives, une saisine accélérée du CEPD s’impose (délai de deux semaines pour avis/décision).​

L’article 66 du RGPD qui introduit la possibilité, pour une autorité de contrôle, de prendre des mesures provisoires d’urgence en cas de situation exceptionnelle constitue une évolution importante dans le droit européen de la protection des données.

La loi Informatique et Libertés (notamment son article 21, dans sa version post-RGPD) vient compléter l’article 66 en précisant les pouvoirs et modalités d’urgence de la CNIL en droit interne :

  • Le président de la CNIL peut saisir en urgence la formation restreinte qui statue contradictoirement sur la suspension, la limitation ou la mise en conformité du traitement, ainsi que sur la suspension d’une certification ou l’adresse d’un rappel à l’ordre, pour une durée maximale de trois mois dans la plupart des cas.
  • Une information accélérée du CEPD et des autres autorités de contrôle est prévue en cas de recours à ces mesures d’exception.​
  • La section 21 prévoit aussi, en cas d’atteinte grave et immédiate aux droits et libertés, la possibilité de saisir le juge administratif en référé pour des mesures conservatoires.

Ce dispositif national reprend donc la même philosophie que l’article 66 RGPD, mais va plus loin dans l’énumération des mesures que la CNIL peut imposer et précise les voies de recours.

Jurisprudences 

Européennes 

C-645/19 (15 juin 2021) – Facebook Ireland Ltd e.a. c. Gegevensbeschermingsautoriteit

Recommandations 

À ce jour, aucune ligne directrice, recommandation ou interprétation officielle n’a été publiée par les autorités de contrôle ou par le Comité européen de la protection des données (CEPD) concernant cette disposition du Règlement (UE) 2016/679 (RGPD).

Le RGPD ne doit pas être une source de stress. Un DPO externe peut vous accompagner sereinement.

Newsletter S'inscrire

Recevez nos derniers articles et actualités directement dans votre boîte de réception !

Votre e-mail est en sécurité 🔒. En entrant votre e-mail, vous acceptez de recevoir nos newsletter et des informations sur nos services. Vos données sont traitées conformément à notre Politique de Confidentialité et vous pouvez vous désinscrire à tout moment.